Il est bien connu que la région du Sahel fait partie des zones géographiques très difficiles à cultiver en raison de la sécheresse récurrente, des terres appauvries et du désert qui avance d’année en année.
En 2004, le Niger traverse une période de grande sécheresse notamment dans toute sa partie sub-saharienne avec une saison des pluies qui avaient été très courte et très peu arrosée. Les récoles avaient été faibles et les greniers à céréales étaient donc loin d’être remplis à la fin de la saison.
Lorsque l’heure des plantations arrive en 2005, les pauvres paysans sont donc contraints de puiser dans la part destinée à nourrir leur famille pour pouvoir semer. La situation alimentaire se tend dans le pays.
C’est alors que des nuages de criquets pèlerins déferlent par essaims de plusieurs kilomètres et de plusieurs milliers d’insectes. Ils ravagent tout : les champs de mil, les arbres et toutes les végétations en quelques minutes.
Ce n’est pas une légende de dire que cet insecte est décrit comme l’insecte migrateur le plus ancien et le plus dangereux au monde, affectant jusqu'à soixante pays en Afrique, au Moyen Orient et en Asie de l'Ouest.
Le passage de ce criquet est connu pour occasionner des dommages soudains et gravissimes dans les cultures et nous avons eu la triste expérience de les voir arriver et de constater leurs dégâts cet été-là , dans la région de Zinder.
Très vite le pays est entré dans une crise alimentaire sévère : une véritable famine, n’ayons pas peur de le dire! La réactions des marchands de céréales a été de majorer les prix. La tasse de mil coutait 4 fois plus cher ! La nourriture devenait inaccessible et les conséquences en ont été très vite dramatiques notamment en zone rurale.
A Zinder, au dispensaire St Joseph géré par Sœur Julie : tous les matins, on observait l’augmentation du nombre de mamans qui arrivaient avec des enfants malades de diarrhées, d’œdèmes, le ventre gonflé et malnutris.
Durant 3 semaines, tous les matins nous avions installé ce que nous appelions une « consultation des malnutris ». C’était une horreur humaine !
On triait les enfants par groupe d’urgences.
Sœur Julie prenait le groupe rouge (urgence vitale) et faisait les premiers gestes avant d’organiser en fin de matinée un convoi jusqu’à Maradi, une ville se situant à deux heures, où se trouvait un centre de Médecins sans frontières.
Abdou Issa gérait le groupe orange : les situations un peu « moins graves » et avec une animatrice sociale, nous nous occupions du groupe jaune : « le suivi journalier des malnutris » : pesée des enfants, courbe de poids, mise en place d’un programme de renutrition adapté à chacun en essayant de faire en sorte que les enfants perdent le moins de poids possible au risque eux aussi de basculer dans le groupe des urgences.
L’après-midi, lorsque les consultations étaient finies, notre « quatuor atypique » embarquait dans le véhicule de sœur Julie et nous partions en brousse pour distribuer des farines enrichies pour les bouillies et vacciner mère et enfants. En effet, lorsqu’il est malnutri le corps humain est beaucoup plus fragile et la typhoïde, le paludisme, la diphtérie prennent vite le dessus.
Le week-end nous faisions des distributions dans des villages très excentrés et très pauvres.
Pendant ce temps, en limousin, notre réseau organisait des collectes de la solidarité pour nous envoyer de l’argent nous permettant d’ acheter des céréales tant qu’elles étaient accessibles.
Avec cet argent nos amis de l’association limousine Hasken Rana ont organisés des banques alimentaires ou chaque semaine ils vendaient à prix habituel les céréales aux familles modestes en rationnant bien les parts. Avec le produit des ventes, ils rachetaient alors des céréales et recommençaient. Les ventes étaient évidement à perte mais l’enjeu était de tenir le temps que l’aide alimentaire internationale arrive.
Cet été là nous avons compris le sens de la chanson de Maxime Le Forestier !
Effectivement « on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille,
On ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille De Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher…. »
Effectivement « Être né quelque part, pour celui qui est né : c’est toujours un hasard ! »
Mais au refrain « Est- ce que les gens naissent égaux en droits, A l’endroit où ils naissent ? »
Malheureusement cet été-là, nous avons compris la portée de cette phrase…
Voir de ses propres yeux un enfant de 2 ans retrouver son poids de naissance, non ce n’est pas de l’égalité, c’est bien au contraire la grande injustice de la vie.
Mais le plus grave dans cette expérience c’est d’avoir constaté que pendant que les enfants mourraient chaque jour, les médias occidentaux ont mis plus de 3 semaines avant de parler quelques minutes de ce qu’ils se passaient…
Et pour ne pas trop choquer ils parlaient alors « d’une crise alimentaire au Niger ».
Après cet été-là, nous n’avons plus travaillé sur la question de l’urgence car Médecins sans frontières, action contre la faim, l’Unicef et des dizaines d’autres ONG Humanitaires se sont implantées au Niger …
En revanche, la question de la malnutrition est restée un sujet pour nous… vous le lirez dans la page suivante.